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Rencontre avec le Bouscatier

Portrait littéraire et photographique
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Le GPS ne mène pas jusqu’au Bouscatier.

 

Certains lieux, à l’image de ceux qui y vivent, résistent à la norme. Quand j’arrive chez lui pour la première fois — après quarante minutes à chercher ma route, dont dix à m’enfoncer dans la forêt sur un chemin caillouteux — je m’en réjouis.

 

Il me fait visiter sa maison en pierre sèche blottie contre la colline, et m’explique comment il a acquis le terrain puis sculpté le paysage pour en faire un endroit aussi atypique et mystérieux, sauvage et accueillant, que lui.

 

À l’ombre du grand tilleul qu’il a lui-même planté, il m’offre un café et me parle de Tarzan. L’œuvre d’Edgar Rice Burroughs a bouleversé sa destinée de gamin de cité. Je le scrute et perçois d’emblée l’influence littéraire dans ses traits de héros des garrigues. Derrière les branches du tilleul sans lianes, le soleil d’août monte lentement dans le ciel. Je veux profiter de la lumière matinale pour le photographier.

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​De sa vieille C15, il sort sa tronçonneuse. Côté passager, son chien Narvalo attend sagement. La machine vrombit sur les troncs couchés, la hache s’acharne sur les bouts de bois, la chaleur se réveille et le Bouscatier dénoue sa chemise pour laisser poindre un torse bombé couvert de tatouages. Il s’arrête un instant, regarde autour de lui et pointe du doigt l’endroit où il veut que l’on jette ses cendres : près du rocher tout là-haut, où se cachent les corbeaux. D’ailleurs, un tatouage de l’oiseau tapisse ses trapèzes ; il défait un peu plus sa chemise pour me le montrer.

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Plus tard, le Bouscatier m’amène dans un endroit rocailleux qui jadis servait de bergerie, puis on grimpe sur un rocher pour admirer l’horizon s’étaler au sud jusqu’à la Méditerranée. Au nord, la colline nous domine, on y devine la départementale serpentant jusqu’au sommet et sur laquelle on croise parfois des chèvres. Je lui demande si elles sont à lui. Avec le sourire, il me répond qu’elles sont à elles.

 

La visite se poursuit sur un terrain jonché de sculptures en bois, de caravanes désaffectées et d’objets insolites : une vieille poussette, un crocodile en plastique... On arrive devant sa charbonnière, au milieu de la forêt. À côté, il y a une petite cabane en pierre dans laquelle il dort par intermittence pendant les deux jours que prend la confection du charbon. L’installation est sommaire : un matelas et une vieille bouteille de rouge. Il me détaille le processus et conclut en me disant que c’est grâce au charbon que l’homme est passé de l’âge de pierre à l’âge de fer. Ignorante, j’opine.

 

De retour sous le tilleul, le Bouscatier sort un album photo où se côtoient des bouts de vie : un concert dont il était le DJ, un voyage en Côte d’Ivoire, la première foire artisanale du village... D’ailleurs, ce jour-là il n’a rien vendu ; il avait exposé des chaises et des tables en bois, une installation que les gens ont prise pour un bar éphémère, s’y asseyant à tour de rôle pour siroter leur bière ou leur pastis. Il en rit encore.

 

C’est l’heure. Il doit partir livrer une commande : un banc sur lequel « Pilou » est gravé. Je l’aide à charger la C15, Narvalo reste impassible. Avant de se quitter, le Bouscatier m’offre une tomate de son jardin et m’assure qu’en y ajoutant une pincée de sel, je vais me régaler.

 

Dans mon rétro, je salue le personnage et son décor. Je repars sans GPS, mais avec la boussole du Bouscatier dont les aiguilles invitent à toujours suivre sa propre voie.

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